La Résistance valdôtaine (1943-1945)
Contre l'occupant et le fascisme, pour la liberté et l'autonomie

Pour les Valdôtains, la Résistance ne fut pas seulement une lutte contre l’occupant allemand et le fascisme. Ce fut aussi un combat pour retrouver leur liberté, leur langue et leur autonomie. C’est de ce combat qu’est née la Région autonome d’aujourd’hui.
Un comité né dès 1941
Le recul du français dans la vallée n’a pas commencé avec le fascisme : il était engagé dès l’unification de l’Italie. Mais le fascisme l’a poussé beaucoup plus loin, en voulant effacer l’identité valdôtaine : suppression des écoles de hameau, français écarté de l’école et de la vie publique. Dès 1941, peu après la mort de l’abbé Joseph-Marie Trèves, un Comité valdôtain de libération se forme.
L’occupation allemande
Après l’armistice du 8 septembre 1943, l’armée allemande occupe le nord de l’Italie. Les soldats du 4e régiment alpin quittent leurs casernes, et les troupes allemandes s’installent dans la vallée. À l’automne, Émile Chanoux, rentré de Chambéry, renoue avec les antifascistes. Il devient le chef reconnu de la Résistance valdôtaine, entouré notamment d’Amédée Berthod, Lino Binel, Joseph Bréan, Guglielmo Caracciolo, Enrico Chantel et Cesare Olietti.
Les bandes de partisans
Au début de 1944, les groupes se multiplient. Parmi les premiers figure la bande « La Suelvaz », commandée par Émile Lexert, dit « Milò ». D’autres suivent : « Tito » en Valtournenche, « XIII° Chanoux » à Trois-Villes, « Edelweiss » à Fénis, « Monte Zerbion » à Châtillon. Des brigades « Giustizia e Libertà » et « Garibaldi » agissent aussi, notamment en Basse Vallée.
Les partisans aident les prisonniers alliés en fuite et sabotent les centrales hydroélectriques, les lignes téléphoniques et les voies de communication. La répression est terrible : exécutions, arrestations, déportations vers les camps, villages incendiés. Chanoux, soucieux des civils, préfère éviter les actions armées qui attirent les représailles.
Chivasso, décembre 1943
Le 19 décembre 1943, Chanoux et Ernest Page rencontrent en secret, à Chivasso, des représentants des vallées vaudoises du Piémont. Ils signent une déclaration qui réclame l’autonomie des vallées alpines et défend un État fédéral, « seule garantie contre un retour de la dictature ». Federico Chabod, absent, a envoyé ses notes.
Le 18 mai 1944
Le 18 mai 1944, la police fasciste arrête Chanoux et Lino Binel. Chanoux meurt dans la nuit, sous la torture. Binel est déporté dans un camp de travail en Allemagne. Le comité valdôtain est en grande partie démantelé, et la Résistance perd le chef qui pouvait lui donner une direction commune.
La Libération
Le 28 avril 1945, les partisans entrent dans Aoste. Le Comité de libération nomme Alessandro Passerin d’Entrèves préfet et Carlo Torrione maire. Mais des troupes françaises, entrées la veille par le Petit-Saint-Bernard et le col de Rhêmes, occupent aussi la vallée, et certains réclament le rattachement à la France. La tension ne retombe qu’après l’intervention du président américain Truman : les soldats français se retirent le 24 juin 1945.
De la Résistance à l’autonomie
L’autonomie promise pendant la lutte arrive par étapes. Le 7 septembre 1945, deux décrets créent une circonscription autonome, avec son Conseil, son Président et sa Junte. Jugée trop limitée par beaucoup, cette première autonomie conduit à la naissance de l’Union valdôtaine. Trois ans plus tard, en 1948, la Vallée d’Aoste obtient son Statut spécial.
Pour aller plus loin
L’Institut historique de la Résistance et de la société contemporaine en Vallée d’Aoste conserve les archives, les témoignages et les publications sur cette période.
Sources : Région autonome Vallée d’Aoste, La Résistance, Le martyre de Chanoux, La Déclaration de Chivasso, La Libération et Les décrets de 1945.
Photos historiques : aimable concession de l’Institut d’histoire de la Résistance et de la société contemporaine de la Vallée d’Aoste.












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